Une publication dans Zoological Journal of the Linnean Society

Des chercheurs de l’ULiège découvrent une nouvelle espèce de poisson grâce aux sons



Dascyllus aruanus ©Eric Parmentier

Des chercheurs du laboratoire de Morphologie Fonctionnelle et Evolutive de l’Université de Liège ont découvert, suite à trois missions scientifiques à Madagascar, en Polynésie et à Taïwan, une nouvelle espèce de la famille des poissons demoiselles (Pomacentridae). Dascyllus emamo - d’apparence pourtant identique à ses comparses Dascyllys aruanus - a pu être identifié et différencié grâce aux sons qu’il émet. Cette découverte fait l’objet d’une publication dans la revue Zoological Journal of the Linnean Society.

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habit ne fait pas le moine. C’est en tout cas ce qu’a pu constater Éric Parmentier, professeur de biologie et Directeur du Laboratoire de Morphologie Fonctionnelle et Évolutive (Unité de recherches FOCUS / Faculté des Sciences) et son équipe de l’ULiège, lorsqu’ils ont mis le doigt sur une étrangeté dans les analyses qu’ils effectuaient dans le cadre de plusieurs missions scientifiques ciblant le poisson Dascyllus aruanus, un poisson qui évolue dans les eaux tropicales de la région indopacifique. Des analyses – notamment au niveau des sons émis par l’espèce pendant les périodes nuptiales et de défenses du territoire - ont amené à la découverte d’une nouvelle espèce d’une famille de poisson qui semblait pourtant être unique. Retour sur les faits.

« En 2009 (1), nous avons effectué une mission à Madagascar et une autre à Tahiti afin d’étudier Dascyllus aruanus – communément appelé Demoiselle à queue blanche – une espèce de poisson dont les populations étaient séparées par une distance d’environ 15 000km, se rappelle le Pr Éric Parmentier. En analysant les données acoustiques, nous nous sommes rendus compte que ces poissons, qui « chantent » en faisant une danse, n’émettaient en fait pas les mêmes sons. » Le chercheur pense alors avoir mis en évidence la présence d’un dialecte dans le langage des poissons. En 2014, deux études (2,3) sur les populations de poissons indiquent cependant que ces espèces pourraient en fait être des espèces différentes, mais ayant un même phénotype : elles se ressemblent physiquement en tous points tout en présentant des profils génétiques différents. Changement de nom pour le poisson de Madagascar (représentant de l'Océan indien) qui devient Dascyllus abudafur alors que celui du Pacifique (Dascyllus aruanus) conserve son nom.

L’histoire pourrait s’arrêter là. Sauf qu’en 2017, lors d’une expédition à Taïwan (dans le Pacifique), toujours dans un but, entre autres, d’enregistrer les sons de la Demoiselle à queue blanche, Éric Parmentier et son équipe vont faire une nouvelle découverte. « Un de mes étudiants en charge de l’analyse comparative des sons récoltés aux trois différents endroits (Polynésie, Madagascar et Taïwan) confirme , comme cela avait été le cas onze ans auparavant, que les sons de Polynésie et Madagascar diffèrent, mais aussi que ceux enregistrés à Taïwan diffèrent des deux premières populations. Point de vue physique cependant, nous avions en face de nous une bestiole au même faciès! ». Retour sur la génétique : les populations de Taiwan et de Polynésie, vivant dans le même océan, présentent aussi des différences génétiques conséquentes. « Donc on se retrouve au final avec trois populations de poissons qui ont des différences génétiques suffisamment marquées pour refléter des statuts spécifiques distincts mais qui présentent le même aspect, sourit Éric Parmentier, c'est ce que l’on appelle des espèces cryptiques. En plus des différences génétiques, on retrouve également chez ces espèces des différences au niveau des sons qu’elles émettent. Ainsi la distinction entre des populations qui évoluent de manière à former de nouvelles espèces apparaît au niveau de la communication avant l’aspect physique» C’est en partant de ce constat que l’équipe scientifique émet l’hypothèse que l’analyse des sons émis par ces poissons – avant l’analyse génétique - leur a permis de mettre en évidence cette nouvelle espèce. Quant à la baptiser et lui choisir un nom, les chercheurs ont souhaité, en respectant les règles de nomenclature, rendre hommage à l’endroit et à l’auteur historique de la découverte. « En 1830, un certain  René-Primevère Lesson, zoologiste et ornithologue français, avait découvert ce poisson et décidé de l’appeler « emamo », le nom donné par les polynésiens audit poissons, explique Éric Parmentier. Cent nonante ans plus tard, nous proposons de reprendre ce nom et de nommer le poisson de Tahiti Dascyllus emamo. » L’article scientifique lié à cette découverte a été accepté et publié (4). Les chercheurs attendent désormais que la Société de Nomenclature de Zoologie de Londres accepte de valider officiellement cette nouvelle espèce découverte par les chercheurs de l’ULiège.

Références scientifiques

(1) Parmentier et al. (2009). Sound production in four Dascyllus species: phyletic relationships? Biological Journal of the Linnean Society 97: 928-940.

(2) Liu et al.  (2014). Phylogeography of the humbug damselfish, Dascyllus aruanus (Linnaeus, 1758): evidence of Indo-Pacific vicariance and genetic differentiation of peripheral populations. Biological Journal of the Linnean Society 113: 931–942.

(3) Borsa et al. (2014). Resurrection of Indian Ocean humbug damselfish, Dascyllus abudafur (Forsskål) from synonymy with its Pacific Ocean sibling, Dascyllus aruanus (L.). Comptes Rendus Biologies 337: 709–716.

(4) Parmentier et al. (2021). First use of accoustic calls to distinguish cryptic members of fish species complex, Zoological Journal of the Linnean Society, zlab056

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Eric Parmentier

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